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Peut-on espérer un accouchement sans violence ?

Peut-on espérer un accouchement sans violence ?

J’aimerais te proposer une réflexion autour d’une question centrale dans nos pratiques de doulas, et dans l’accompagnement des familles que nous rencontrons :


Peut-on espérer un accouchement et plus largement une naissance sans violence ?


Cette question traverse nos accompagnements, nos formations, nos propres vécus. Elle interroge à la fois le système dans lequel les femmes accouchent, mais aussi la place que peuvent prendre les doulas pour atténuer cette violence et soutenir des expériences plus sécurisantes.


1.       Nommer la violence : visible, insidieuse, systémique

Lorsque je parle de violence, je ne parle pas uniquement de gestes spectaculaires ou de situations extrêmes. Je ne hiérarchise pas la violence. Il n’y a pas de « petite » ou de « grande » violence. Il y a des violences visibles et des violences insidieuses.


Un toucher vaginal réalisé malgré un refus explicite est une violence visible. Mais poser une question orientée, utiliser une formulation qui fait peur, insister jusqu’à obtenir un « oui » qui n’est pas libre… tout cela relève aussi de la violence, même si elle est plus difficile à identifier.


La question centrale n’est pas : a-t-on obtenu un oui ? mais bien : ce consentement était-il réellement libre et éclairé ?


2.       La violence institutionnelle : quand le système lui-même fait mal

Si je devais pointer ce qui rend aujourd’hui le système périnatal violent, je commencerais par la standardisation des protocoles.


Les procédures sont pensées pour être déroulées de manière quasi automatique, indépendamment de la personne en face. Peu importe ton histoire, tes valeurs, ton vécu, tes besoins spécifiques : tu entres dans un cadre préexistant dont il est extrêmement difficile de sortir.


Cette standardisation efface l’individualité. Elle nie la subjectivité. Et en niant cela, elle devient violente.


3.       Vulnérabilité et soumission

Prenons un exemple très concret : la jaquette.

Ce vêtement standardisé, peu couvrant, place immédiatement la personne qui accouche dans une situation de vulnérabilité physique et symbolique. En face, le personnel est vêtu, protégé, identifié par un uniforme. Ce simple déséquilibre crée un rapport de pouvoir et de soumission.


La vulnérabilité n’est pas un problème en soi. Elle devient un problème lorsqu’elle est utilisée pour obtenir l’adhésion, le silence ou l’obéissance.


4.       Le consentement détourné

Dans de nombreuses situations, le consentement est vidé de son sens. Parfois de façon frontale : « le protocole dit que », « ici on fait comme ça ». Parfois de manière beaucoup plus subtile : phrases répétées, informations partielles, chiffres modifiés, peur distillée.

La peur est l’un des outils les plus puissants du système.


Faire planer un risque sur la santé du bébé, sans information claire et complète, suffit souvent à obtenir un « oui ». Mais un « oui » sous la peur n’est pas un consentement.


5.       Infantilisation et paternalisme

Il existe encore aujourd’hui une croyance profondément ancrée : une femme enceinte ne serait plus pleinement capable de décider pour elle-même.


Cette infantilisation est omniprésente. Elle enlève du pouvoir, de la dignité, de la légitimité. Elle crée une dépendance au savoir médical, au détriment du vécu et du ressenti de la personne qui accouche.


6.       Quand la charge de la preuve est renversée

De plus en plus, on demande aux femmes de prouver qu’elles sont capables de décider. De réexpliquer ce qu’on leur a dit. De démontrer leur compréhension, comme si leur capacité à choisir était conditionnée à leur performance intellectuelle.


Or, la responsabilité de l’explication incombe aux professionnel·les. Pas aux femmes.


7.       Sortir de la faute individuelle pour regarder le système

Il est tentant de pointer du doigt les individus. Pourtant, les soignant·es évoluent dans un système qui est lui-même violent, contraignant, épuisant.


Si autant de professionnel·les vont mal aujourd’hui, si les burn-out sont si nombreux, ce n’est pas un hasard.


La violence est systémique. Elle est inscrite dans les normes, les protocoles, les injonctions de rentabilité, de rapidité, de chiffres.


La première étape pour transformer un système violent, c’est de le voir. De le nommer.

Et ce sujet reste profondément tabou, parce qu’il concerne les femmes, leur corps, leur pouvoir.


Conclusion :

Tant que le système restera structuré autour de protocoles rigides et de rapports de pouvoir implicites, il semble difficile d’imaginer des expériences totalement exemptes de violence.


Mais nommer la violence n’est pas céder au fatalisme. C’est déjà commencer à transformer.

Une fois que l’on voit ce qui fait violence, dans les gestes, dans les mots, dans les cadres, une autre question émerge : que pouvons-nous faire, concrètement, pour réduire cette violence et redonner du pouvoir aux personnes qui accouchent ?



Clémence pour DoulasLove


 
 
 

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