Comment peut-on réduire la violence autour de la naissance ?
- doulaslove
- 11 févr.
- 4 min de lecture

J’aimerais te proposer ici une réflexion qui me traverse profondément : comment peut-on réduire la violence autour de la naissance ?
Après avoir nommé la violence systémique, institutionnelle, parfois insidieuse qui entoure encore trop souvent l’expérience d’accoucher dans un précédent article, une autre question émerge presque naturellement. Que pouvons-nous faire, concrètement, à notre échelle ? Comment redonner de l’espace, du choix, de la conscience, là où le cadre semble parfois rigide, normé, contraignant ?
Il ne s’agit pas d’imaginer un monde idéal où toute forme de tension disparaîtrait. La naissance est un passage. Et tout passage comporte une part d’inconnu, de vulnérabilité, de transformation. Mais entre la violence inhérente au vivant et la violence institutionnelle évitable, il existe un espace d’action.
1. Redonner de l’autonomie et du choix
Un levier fondamental pour réduire la violence est de redonner de l’autonomie aux personnes qui accouchent, mais aussi aux professionnel·les.
Pour cela il est important de remettre le choix et de présenter l’ensemble des possibilités à chaque étapes. Par exemple pour ce qui est du lieu de naissance, aujourd’hui, beaucoup de femmes pensent que leur seul choix est l’hôpital. Parfois, elles connaissent aussi la maison de naissance. Mais il existe bien plus de possibilités :
accoucher à l’hôpital avec des sages-femmes
accoucher à domicile avec des sages-femmes
accoucher à domicile sans personnel médical
Il ne s’agit pas de dire qu’un choix est meilleur qu’un autre. Il s’agit de pouvoir choisir en conscience.
Enlever le choix, c’est enlever l’autonomie. Et enlever l’autonomie, c’est créer de la violence.
2. La violence individuelle : une réalité à nuancer
La violence ne vient pas uniquement du système. Elle fait aussi partie de la vie, des relations, du vivant.
Toute transformation implique une forme de violence. Toute naissance, toute mort, toute évolution passe par une destruction de l’ancien.
La relation humaine naît dans la différence. Et la différence crée de la friction, de la peur, de la perte de contrôle.
La spécificité de l’humain, c’est sa capacité de conscience.
Cette capacité permet de reconnaître la violence, de l’analyser, de la transformer. De réparer le lien.
Par exemple : reconnaître que ma colère face au choix de l’autre parle davantage de mes peurs que de l’autre lui-même. Et pouvoir le nommer.
C’est ainsi que le lien peut rester vivant, même en présence de tension ou de violence.
3. Le rôle des doulas face à la violence obstétricale
Face à un système profondément normé et souvent violent, les doulas n’ont pas le pouvoir de transformer seules les institutions. En revanche, elles peuvent jouer un rôle essentiel d’atténuation, de soutien et de sécurisation.
Les doulas ne sont pas là pour se substituer au corps médical, ni pour lutter contre lui. Elles sont là pour rééquilibrer, traduire, soutenir, redonner du pouvoir à la personne qui accouche.
a. Offrir un espace de sécurité
La première fonction de la doula est de créer un espace relationnel sécurisant. Un espace où la personne peut déposer ses peurs, ses doutes, ses colères, sans être jugée, corrigée ou infantilisée.
Cette sécurité relationnelle est fondamentale, car elle permet au système nerveux de sortir de la survigilance. Une personne qui se sent écoutée, crue et respectée est une personne qui peut faire des choix plus alignés.
b. Soutenir le choix et l’autonomie
Les doulas accompagnent les personnes à clarifier leurs valeurs, leurs besoins, leurs limites. Elles offrent de l’information, posent des questions, ouvrent des possibles.
Elles ne disent pas quoi faire. Elles aident à comprendre ce qui existe, pour que le choix soit réellement éclairé.
Dans un système où les options sont souvent réduites ou présentées comme uniques, rappeler qu’il existe des alternatives est déjà un acte profondément politique.
c. La préparation mentale comme levier majeur
Une grande partie de la violence vécue pendant l’accouchement ne vient pas uniquement des actes, mais de la sidération, de la peur, de la perte de contrôle.
La préparation mentale permet de travailler en amont :
la compréhension des mécanismes du système de santé
la connaissance de ses droits
la reconnaissance de ses déclencheurs émotionnels
la capacité à poser des limites
la préparation à l’imprévu
Préparer mentalement, ce n’est pas chercher à tout maîtriser. C’est renforcer la capacité d’adaptation, de régulation, de discernement.
d. Un soutien continu, avant, pendant et après
La présence continue des doulas permet une cohérence que le système ne peut pas toujours offrir. Elles sont un fil rouge, une mémoire du projet, un repère stable.
Après la naissance, elles accompagnent aussi l’intégration de l’expérience, la mise en mots, la réparation quand c’est nécessaire.
Conclusion : Peut-on espérer un accouchement sans violence ?
Ma réponse est nuancée.
Tant que le système restera profondément violent, il me semble illusoire d’attendre des individus qu’ils soient entièrement exempts de violence, aussi bien intentionnés soient-ils.
En revanche, oui, nous pouvons espérer :
une transformation progressive du système
une remise en question des normes et des protocoles
une prise de position collective
un appui sur les professionnel·les qui souffrent du système et souhaitent le faire évoluer
La violence relationnelle inhérente à la vie n’est pas comparable à la violence institutionnelle actuelle.
Cette dernière mérite d’être questionnée, déconstruite, transformée, un pas après l’autre.
Si cette lecture a fait émerger des questions, des résistances, des émotions, je t’invite à les accueillir. Et si tu en ressens l’élan, à venir les partager.
C’est ensemble, en mettant de la conscience et des mots sur ces réalités, que nous pourrons rendre les expériences de naissance, et plus largement les expériences de soin, un peu moins violentes.
Avec tout mon amour,
Clémence pour DoulasLove


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